Le Lac aux oies sauvages
Memento / BAI LINGHAI

Diao Yinan ressuscite une certaine idée du romantisme hollywoodien en plein cœur de la Chine contemporaine.

Quentin Tarantino a fait sensation en débarquant à la projection du Lac aux oies sauvages, du Chinois Diao Yinan, en compétition lui aussi pour la Palme d’Or. D’après ses compagnons de rangée, QT aurait manifestement passé un très bon moment. On le comprend : Le Lac aux oies sauvages est l’un des plus films les plus costauds présentés en sélection officielle jusqu’ici. Cannes avait raté le précédent Diao Yinan, l’imposant Black Coal, reparti de Berlin avec l’Ours d’Or, mais le Festival se rattrape donc avec celui-ci, qui devrait finir d’installer son auteur sur la carte des réalisateurs qui comptent. Le film raconte la cavale d’un gangster, traqué par les flics et les membres d’un gang rival, et sa rencontre avec une prostituée, dans une ville au bord d’un lac. S’ensuivra tout un entrelacs de déplacements nocturnes, opaques et imprévisibles, violents et romantiques, saisis par Diao Yinan dans une mise en scène somptueuse, incroyablement chorégraphiée, où chaque déplacement des personnages semble pensé au millimètre près, tout en donnant l’impression de répondre à une logique poétique un peu irréelle.

Les ténèbres et les néons
Tout ça est d’ailleurs tellement précis et voluptueux qu’on craint parfois que le film se perde dans le labyrinthe de sa propre sophistication. Mais Le Lac aux oies sauvages palpite d’un vrai lyrisme, renvoyant autant à Wong Kar-wai qu'à une idée du romantisme qui habitaient certains films noirs des années 40, ceux de Nicholas Ray en tête. Le film se regarde ainsi comme une odyssée expressionniste, jouant brillamment sur le contraste entre les ténèbres et les néons, l’ombre et les flashs de lumière (scène démente de square dance sur Rasputin de Boney M par une troupe de danseurs de rue aux chaussures fluo, qui vire à la chasse à l’homme dans la nuit noire). Tout le film est ainsi ponctué de scènes inattendues, parfois incongrues, toujours ultra-inventives. Si on le croise dans Cannes, ne pas oublier de demander à Tarantino ce qu’il a pensé de la déjà fameuse "scène du parapluie"…

Le Lac aux oies sauvages, de Diao Yi’nan, avec Hu Ge, Zeng Meihuizi… En compétition.