La liste de Schindler : le sacre définitif de Steven Spielberg
PRODUCTION / UNIVERSAL CITY STUDIOS / AMBLIN ENTERTAINMENT

Il y a 30 ans, le cinéaste d'E.T. concevait ces deux films très différents coup sur coup. Flashback.

Oskar Schindler, un industriel allemand, a parfaitement compris, en 1939, que l'occupation de la Pologne pouvait lui procurer de réelles occasions de s'enrichir. Il prend donc la direction d'une fabrique d'articles de cuisine, devient le fournisseur de l'armée allemande et prospère en effet. Tandis qu'il fréquente assidûment les nazis de Cracovie, dont la camaraderie est essentielle à ses affaires, il embauche, sur les conseils de son comptable, Itzhak Stern, des travailleurs juifs. Peu à peu, au contact des uns et des autres, il prend conscience de la barbarie du régime qu'il sert et de la terrible menace qui pèse sur ses ouvriers. Le collaborateur insouciant va brusquement basculer dans la résistance...

La Liste de Schindler est sorti il y a tout juste 30 ans aux Etats-Unis, le 15 décembre 1993. S'il a fallu patienter encore un peu avant de le découvrir en France (où il a attiré deux millions et demi de spectateurs à partir de mars 1994), le drame de Steven Spielberg sur l'Holocauste a profondément marqué son créateur.

La liste de Schindler : le sacre définitif de Steven Spielberg

En 1993, il débutait le tournage avec Liam Neeson, Ben Kinglsey, Caroline Goodall ou encore Ralph Fiennes à Cracovie avant même d'avoir terminé la post-production de Jurassic Park. Il confiait alors dans Première, à François Forestier, ce choix d'enchaîner deux projets de films aussi différents, et expliquait qu'au départ, il aurait aimé faire l'inverse : tourner d'abord son blockbuster d'aventure sur les dinosaures, puis son récit historique. Extraits.

"(Tourner à Auschwitz), C’est en effet très douloureux. Revenir sur ces événements qui ont eu lieu il y a cinquante ans, c’est très proche, un battement de cœur, c’est dur. Le plus incroyable, c’est que je me suis aperçu que, même parmi les gens qui composent mon équipe technique sur La Liste de Schindler, il y en a beaucoup qui ignorent les faits historiques de l’Holocauste."

La liste de Schindler : le sacre définitif de Steven Spielberg
UIP

"(Je me souviens de) ces chiffres tatoués sur le bras... J’avais trois ans, et je lisais ces chiffres. Les gens qui se rassemblaient chez moi étaient des survivants : ils venaient prendre des leçons d’anglais, que ma grand-mère enseignait. Ma mère est née aux Etats-Unis, et mes grands-parents viennent de Russie et d’Autriche. Moi, je suis né après la guerre. Ma souffrance, quand je suis confronté à la douleur que ces gens ont éprouvée, ce n’est rien. Rien."

"Ma mère est fière, elle est tellement fière... Elle m’a dit : « Enfin ! Un film que je pourrais voir.» Le dernier, c’était E.T."

Steven Spielberg a dû se battre pour imposer le noir et blanc
Universal Pictures

"Etre heureux, c’est facile pour moi. Mon problème, c’est de toucher un sujet comme celui-ci, où mon bonheur habituel serait émietté. En fait, je voulais faire La Liste de Schindler d’abord, et Jurassic Park ensuite. J’ai été obligé d’inverser l'ordre de production, pour des raisons pratiques. Il nous a fallu deux ans pour préparer Jurassic Park, et attendre encore un an aurait coûté très cher."

"On me prend souvent pour une machine à sous. Mais je ne tourne que les projets qui m’intéressent. Jurassic Park m’a passionné. La Liste de Schindler me passionne. Pour d’autres raisons, bien sûr. Pourtant, c’est le même Spielberg..."

Bande-annonce de La Liste de Schindler, à (re)voir sur Première Max :


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