20 ans de Kill Bill
Première/Miaramax

Kill Bill vient de fêter son 20e anniversaire. Et ce fut un coup de cœur pour Première.

En 2003, la rédaction avait tellement apprécié Kill Bill qu'Uma Thurman avait fait deux fois la couverture de Première pour ce film de Quentin Tarantino.

Le 10 octobre, le premier volet a fêté son 20e anniversaire. De sa diffusion américaine, précisément, car en France, il a fallu attendre le 26 novembre 2003 pour que ce film événement de Quentin Tarantino sorte en salles. Puis son deuxième volet a été dévoilé chez nous au festival de Cannes, à la mi-mai 2004.

Dans le numéro de novembre, la rédaction avait consacré un dossier de 20 pages au film d'action. Au sein de ce sujet très complet, la comédienne française Julia Dreyfus livrait son journal de bord, rempli de photos de tournage et d'anecdotes, et Uma racontait sa préparation intense, dont un extrait est à lire ici.

Quelques pages plus tôt, Gérard Delorme disait tout le bien qu'il pensait du film, qui est à (re)voir en ce moment sur Première Max. Voici sa critique, suivie d'un lien vers celle du Volume 2.

20 ans de Kill Bill
Miramax

Kill Uma. Lorsque le générique défile à l’issue de la première moitié de ce "quatrième film de Quentin Tarantino", la frustration le dispute à l’excitation. Jamais une réplique finale n’avait autant donné envie de connaître la suite. Pourtant, on n’a pas vu une seule fois le visage de Bill (seulement ses mains). Quant aux autres membres de la liste, Michael Madsen n’apparaît que quelques secondes, et si chaque tueuse a droit à une bio aussi effarante que celle d’O-Ren Ishii (jouée ici par Lucy Liu), on peut fantasmer à loisir sur le personnage de Daryl Hannah.

Tel quel, ce premier volet ressemble à une compilation non stop de scènes paroxystiques, comme si Tarantino avait isolé et reproduit ce qu’il aimait le plus dans les nombreux genres auxquels il emprunte. Seuls quelques rares moments (le réveil de La Mariée) rappellent de quelle sensibilité Quentin est capable (revoir Jackie Brown).

Dans Kill Bill, l’action passe avant les sentiments, la narration avant l’histoire, le style avant le contenu, le geste avant la parole (un coup de lame est plus efficace qu’un discours, même traduit). Dans cet univers ultra- fétichiste où l’habit fait le moine, même les noms des personnages (quand ils en ont), sonnent comme des accessoires valorisants.
L’astuce qui consiste à «biper» chaque fois que quelqu’un prononce le nom de La Mariée n’est pas fortuite. En tant que personnage, elle est réduite à sa forme la plus essentielle, à savoir quelques verbes d’action : se venger, manœuvrer, tuer, de toutes les façons imaginables.

C’est là que la violence intervient comme un ingrédient fondamental à la mise en scène, une combinaison dynamique de mouvement et de musique, l’équivalent exact des scènes de danse dans les comédies musicales. La seule différence, c’est que les entrechats et les saltos sont remplacés par des coups de sabre et leurs résultats, des membres détachés dans des geysers de sang. Pas de quoi s’en offusquer, tant on est éloigné de la réalité.

Pour élaborer une intrigue qui, à la base, n’est pas plus compliquée que le titre, Tarantino utilise sa fameuse narration discontinue. Lorsqu’il est bien pratiqué, cet art de mélanger les chapitres permet de surmultiplier l’impact de certaines scènes qui, autrement, seraient plates. En parfait virtuose, Tarantino nous fait aller et venir dans le temps comme sur une ligne droite.

Et pour varier les plaisirs, il varie les traitements, passant du noir et blanc à l’animation et à d’autres styles dont il n’est pas indispensable de connaître l’origine pour les apprécier. La musique elle-même est adaptée: si on peut regretter la surabondance des emprunts aux westerns spaghetti, aux films de yakusas ou aux séries télé, ils sont toujours judicieusement utilisés avec un décalage risqué (comme les accents mexicains d’une reprise disco sur le combat final dans le jardin japonais).

Tarantino confirme avec ses choix et sa direction d’acteurs l’une de ses qualités les plus indiscutables: il donne à chacun l’occasion de briller ou de montrer les aspects inusités de son registre. C’est le cas pour Sonny Chiba, qui n’a peut-être jamais été aussi chaleureux que dans ce rôle de fabricant d’épées. Uma Thurman a vécu un cauchemar pour se préparer physiquement à son rôle de super-héroïne, mais c’était indispensable pour être fidèle au style recherché, sans trucages faciles ni effets numériques. Le résultat est un film d’action qui dépasse en plaisir tout ce qu’on pouvait imaginer. C’est un défi lancé à tous les cinéastes en activité. Tant mieux s’il y en a pour le relever. 


Quentin Tarantino fait de Kill Bill volume 2 un déluge de fureur visuelle [critique]